nov 15
Assis sur le tapis du salon face à la platine, c’est avec une grande excitation que j’attrape ma dernière acquisition : une édition double DVD de « Romanzo Criminale ». Impatient de découvrir ce film que j’ai malheureusement raté lors de sa sortie, faute de temps. La Warner m’offre ainsi une belle séance de rattrapage.

Il faut dire que ce film, présenté au dernier Festival international du film de Berlin, semble, d’ores et déjà, avoir sa place dans l’Histoire du cinéma Italien tant par le sujet qu’il aborde que par son traitement très subjectif.

Voilà, je déchire le papier cellophane que j’aime froisser et je découvre un boîtier cartonné très soigné agréable à la vue et au touché. Tout le plaisir de manipuler ce type d’édition bien travaillée y est. Je déplie la jaquette en trois volet et j’attrape le premier des deux DVD présentés pour le loger dans mon lecteur. C’est parti…

Deux versions en son 5.1 me sont proposées, l’une en version originale sous-titrée, l’autre en version française. Je vous laisse deviner laquelle je sélectionne pendant que je me cale confortablement dans mon canap’.

Même si « Romanzo Criminale » est un film dans lequel on peut avoir un peu de mal à rentrer, on s’installe petit à petit dans cette histoire qui prend le temps d’asseoir les personnages et le contexte historique dans lequel il évolue. Passé le premier quart d’heure, plongé dans l’univers de l’auteur, le film ne vous lâchera plus. Ainsi, je me laisse porter par un style personnel finalement bien plus proche du cinéma italien que du cinéma Hollywoodien.

Mais afin de mieux appréhender, cette fresque de près de 2h20, qui s’annonce comme une grande épopée à « la manière de Leone », il est bon de posséder quelques clés. Sans vous révéler l’intrigue, elles vous permettront d’apprécier à sa juste valeur ce beau moment de cinéma. Le public français dont nous faisons partie, n’a pas nécessairement été marqué par toute cette série d’évènements tragiques qui secoua l’Italie des années 70 et 80. L’histoire qui nous est contée, mêlant faits réels et fiction, ne peut prendre tout son sens à nos yeux sans se pencher, un tant soit peu, sur l’histoire de ce pays dont nous partageons une frontière commune.

Le film, adapté du roman de Giancarlo de Cataldo, se déroule durant « les années de plomb » et s’appuie sur la terrible histoire des « Brigades Rouges ». Cette organisation terroriste fondée au tout début des années 1970 marquera l’Histoire par deux évènements aussi spectaculaires que tragiques : L’enlèvement et assassinat d’Aldo Moro, président du parti de la Démocratie chrétienne qui s’apprêtait à prendre les fonctions de Premier ministre et de l’attentat de la gare de Bologne le 2 août 1980.

Dans ce contexte explosif, quatres personnages, qui dès le début du récit, alors qu’il ne sont que des gosses, prennent leur destin en main en se donnant de nouveau noms : « Il Freddo » (Le Froid), « Il Libanese » (Le Libanais), « Dandi » et « Il Nero » (Le Noir). Interprétés respectivement par Kim Rossi Stuart, Pierfrancesco Favino, Claudio Santamaria et Riccardo Scamarcio, ce quatuor va donc traverser ces « années de plomb » de l’intérieur.

Sur leur parcours, ils croiseront notamment Patrizia remarquablement interprétée par Anna Mouglalis, le commissaire Scialoja incarné par Stefano Accorsi ou encore la très fraîche Jasmine Trinca qui joue le rôle de Roberta. Tous impeccables dans leur rôle, il y aurait beaucoup à dire sur cette distribution. Je me contenterais ici de signaler l’actualité de Kim Rossi Stuart. En effet, ses talents ne s’arrêtent pas au jeu d’acteur puisque sur les écrans vient de sortir « Libero », son premier film en tant que réalisateur. Michele Placido y serait pour quelque chose ?

Pour nous plonger dans l’atmosphère de cette « organisation criminelle », le réalisateur Michele Placido n’hésite pas à filmer son histoire avec toute la froideur qu’elle impose, froideur du métal des armes, froideur de l’attitude des personnages face à la mort, froideur de la mort. Pour appuyer son effet, il utilise l’aspect l’image : une image aux couleurs ternes qu’elle soit filmée de jour comme de nuit, une image qui glace et nous met en permanence mal à l’aise. Au-delà de la photographie, c’est toute la mise en scène qui, en prenant le contre-pied du traitement hollywoodien, évite les effets trop « léchés » pour privilégier des scènes plus « âpres » proche d’un quotidien réel, celui de ce milieu et n’hésite pas à créer des ruptures de rythme violent appuyé par des morceaux musicaux décalés par rapport l’action.

De musique, il en est effectivement question et elle joue donc, à plus d’un titre, un rôle important dans la construction du récit au même titre que les décors, la lumière ou le jeu des acteurs. Rien n’a visiblement été laissé au hasard dans le choix des morceaux qui, au-delà des ruptures de rythme reste en équation avec la période à laquelle se déroule l’action. A titre d’exemple on retiendra le morceau très balancé « (Shake, Shake, Shake) Shake Your Booty » sortie en 1976.

Pour que ce film fonctionne, surtout auprès d’un public Italien qui connaît son sujet, il fallait absolument éviter toute forme d’anachronisme. En outre, même si aucun bonus ne l’affirme, il est fort possible que Michele Placido ait vu « Les Affranchis » de Martin Scorsese et s’en soit servi comme l’une de ses références pour la réalisation de « Romanzo Criminale ». En effet, cette référence cinématographique est frappante à plus d’un titre. Basés tous deux sur des faits réels qui se sont déroulés à la même période, ces deux films traitent d’un seul et même sujet : « L’ascension et la chute de personnages devenus criminels par rapport à un milieu ». Ainsi, à l’instar du maître américain, Michele Placido exprime le temps qui passe en faisant fonctionner son film de la même manière, via une mise en scène qui évolue avec l’époque à laquelle chaque scène se situe. Mais ce qui finalement ancre ce film dans le cinéma italien traditionnel ce sont ses attaches que le réalisateur revendique ouvertement à l’image du clin d’œil fait à Pasolini.

Il faut rappeler que Michele Placido n’est pas un débutant. Ce personnage charismatique qui aborde aujourd’hui la soixantaine en pleine forme fut d’abord officier de police avant de devenir acteur puis réalisateur ; ce qui donne à son film beaucoup de maturité. De plus, son expérience de comédien transpire dans chacun des personnages. De son approche de la direction d’acteur, se dégage ainsi une grande générosité qui s’exprime dans la justesse du jeu de chacun. À ce titre, on l’a récemment vu dans le dernier film de Nanni Moretti, « Le Caïman ».

Côté bonus, cette édition dvd vous offre une heure d’ « after ». Au-delà d’un Making-off très bien ficelé qui reprend le thème musical du film en bande son et des commentaires doublés en français, on trouve deux sujets qui répondent aux titres de « Romanzo Criminale, un Roman Italien » et « Enquête sur un tournage ». La force de ces sujets consiste à faire parler quelques-uns des membres de l’équipe et de la distribution en français. Le résultat est étonnant et cette touche d’authenticité est peut-être l’une des plus belle façon de mieux comprendre ce film.

Enfin, pour être complet, l’internaute que je suis n’aura évidemment pas raté le site Web lié à la sortie dvd. Après avoir visionné, une bande-annonce musicalement bien balancée et pleine de surprises a porté de clics, vous ne résisterez pas à répondre à cette question existentielle : « Et toi, t’est un Caïd ? ». Amusez-vous à vous inventer une nouvelle identité et entourez-vous de vos complices préférés. Vous aurez alors droit de figurer en très bonne place dans l’édition du 11 mai 1978 de « La Gazzetta Italiana ». Une édition très spéciale que vous pourrez imprimer pour la conserver au coffre par exemple…

Ainsi, même si vous avez déjà visionné « Romanzo Criminale » dans les salles obscures, ces bonus vous donneront certainement l’envie de vous replonger, depuis votre Canap’, dans ce grand film!

Mr Vertigo

nov 07
En inaugurant ce blog à l’approche des fêtes de fin d’année, il y avait fort à parier que le premier DVD que les studios Warner Bros. m’inviteraient à chroniquer soit un cadeau idéal pour nos chères têtes blondes. Bingo !

Alors, que diriez-vous d’un bon bol d’oxygène au cœur d’étendues sauvages superbement filmées ? C’est ce que je vous propose avec un film qui, bien que faisant partie de la sélection « Warner kids », éblouira aussi bien les yeux des petits que des grands en mal d’horizons lointains.

Avec « Duma », qui au passage signifie en Swahili « Guépard », le dépaysement est garanti. Dès les premières images, confortablement calé dans votre canapé, vous êtes littéralement transporté au cœur d’une réserve africaine dans laquelle Xan, un garçon de 12 ans, vous attend pour faire la rencontre de son nouvel ami. La scène a lieu la nuit, au détour d’un virage dans lequel son père manque d’écraser un bébé Guépard. D’ailleurs, savez-vous comment distinguer un bébé guépard d’un autre félin ? Je laisse à Xan le soin de vous l’expliquer. En effet, mon rôle ici n’est pas de vous révéler les petits secrets de la faune africaine mais plutôt de vous donner envie de partager ce très beau divertissement parfois naïf mais très rafraîchissant.

De plus, si vous avez investi dans un superbe écran plat, vous ne pourrez être que bluffé par la superbe photographie signée Werner Maritz qui, pour son premier poste de Directeur de la photographie, vous entraîne dans des scènes de jours comme de nuits parfaitement maîtrisées. Il faut préciser qu’a la réalisation, Carroll Ballard n’en est pas à son coup d’essai. Après nous avoir livré « L’Étalon noir» en 1979 et « L’Envolée sauvage » en 1996, ce réalisateur de 79 ans à l’éternel coeur d’enfant réussit une fois de plus à très bien s’entourer pour nous porposer une production de qualité.

Pour avoir eu l’occasion de traverser des réserves Tanzaniennes et Kenyanes, ce film aura ainsi su me faire revivre cette sensation de liberté sauvage que des animaux comme le guépard avaient pu me donner en les croisant réellement.

Alors, seul ou en famille, accompagné de l’innocence des enfants ou entre adultes, cette aventure vous fera passer un beau moment loin de vos préoccupations quotidiennes. C’est bien le minimum que l’on peut demander à un divertissement de ce type et le contrat est bien rempli ! Enfoncez-vous donc dans votre canap’ et laissez-vous porter…

Mr Vertigo